L'agriculture biodynamique accorde une
importance fondamentale au sol et à sa partie vivante: l'humus. Qualité
- Structure - Odeur.
Pour
améliorer l'élaboration de l'humus,
il faut de bonnes pratiques
culturales, l'application des
préparats biodynamiques,
l'élaboration soignée du compost,
une fumure de qualité et non soluble, une rotation appropriée des cultures, des
façons culturales adaptées et pratiquées au bon moment. Ces facteurs
favorisent une bonne structure du sol et stimulent la vie organique. Ces
pratiques sont déterminantes pour garantir une agriculture à long terme.
La qualité de l’humus est la base de la santé humaine.
L'ACTIVITÉ
ORGANIQUE DU SOL
2 conférences de
Claude Bourguignon
STRUCTURE ARGILO-HUMIQUE
Les
sols abritent une vie végétale, bactérienne et animale qui exerce de nombreuses
influences sur le régime hydrique et les échanges de nutriments. Le
déploiement d’une vie très différenciée est le signe d’une réelle fécondité.
L'association
de l'humus avec l'argile, partie minérale du sol,
produit le complexe argilo-humique.
Des liaisons diverses s'établissent qui modifient les propriétés des
deux partenaires en augmentant en particulier la cohésion et la
mouillabilité de l'argile et en retardant la biodégradation des matières
organiques. Les charges (-) qui entourent les particules d'argile et
d'humus attirent les ions métalliques (+) qui sont retenus et mis
à disposition de la plante quand elle en a besoin.
La tendance de l'agriculture conventionnelle est de rendre l'agriculture
indépendante du sol : on pratique la culture spécialisée de légumes ou
de céréales sans assolements ou avec un assolement réduit en apportant,
pour obtenir des rendements élevés, de fortes quantités d'engrais
solubles. Le cas extrême est
la culture hors sol, ou tous les nutriments sont dilués dans l'eau.
Les sols travaillés en biodynamie ne nécessitent en général pas d'arrosage.
Pour assurer une fertilité durable, la structure du sol doit
être améliorée et tous les processus organiques et chimiques stimulés.
Le sol doit rester grumeleux et plastique, profond et aéré. Les vers de terre notamment aident à
l’ameublissement du sol et à la formation du complexe argilo-humique. Si
la vie du sol devient trop intense, ces animaux assurent l’évacuation de
la trop forte vitalité. Ils sont de merveilleuses soupapes, régulant la
vitalité présente dans la terre.
La fréquence de travail doit se
limiter à un minimum pour éviter des compactages par le passage des
machines et pour empêcher la formation d’horizons durcis.
De gros rendements peuvent être obtenus autrement que par la
spécialisation et le recours à des substances étrangères. Les rendements en agriculture
biodynamique dépendent en grande partie d'une bonne qualité du compost
et du complexe argilo-humique du sol, d'une
bonne rotation des cultures, du rôle des
légumineuses et des engrais verts. Ceux-ci sont
enfouis et fournissent aux bactéries du sol un aliment précieux, les
bactéries libèrent alors de grande quantité d'éléments minéraux
utiles aux plantes, y compris l'azote. C'est ainsi que l'agriculture biodynamique
propose de "laisser croître l'azote" au lieu de "l'acheter à
l'extérieur".
Pour la rotation des cultures, la succession des espèces végétales cultivées peut tenir compte des "organes végétaux" développés : racines, feuilles,
fleurs, fruits (graines). Il y a des plantes qui se succèdent
favorablement et d'autres qui sont peu conciliantes. Avec une mauvaise
rotation, on court le risque d'une baisse
de rendement et d'un développement de mauvaises herbes et de maladies.
A côté de cette pratique de la rotation il est également possible de
cultiver ensemble différentes espèces végétales. De bons exemples de
cultures associées sont connus: association de pois avec des céréales
(avoines, blé et seigle) et semis de légumineuses sous céréales ; en
maraîchage, association de carottes et oignons, ainsi que l'influence
bienfaisante de certaines plantes de lisière (ex. le raifort au bord des
cultures de plantes sarclées et des semis de plantes sauvages, bleuet
dans le blé de printemps, ou sainfoin en bordure), etc.
Essais DOK – cultures
de blé conventionnelle et biodynamique
Photo prise par Heini Heer le 28 juin 2000 à 16h10
Parcelle de gauche :
Blé d’hiver conventionnel
Avec fertilisation minérale
Parcelle de droite :
Blé d’hiver en biodynamie sans fertilisation depuis 20 ans la
parcelle a reçu uniquement les préparations bouse de corne (500)
et silice de corne (501)
Les
plantes « adventices »
Les milieux naturels sont
parfaitement décrits par la phytosociologie. Elle met en lumière des points
communs au niveau floristique entre les parcelles agricoles et les milieux
naturels. À partir de ces
constatations nous pouvons élaborer des diagnostics de sols par l’inventaire
des plantes « adventices » des cultures. Ces inventaires révèlent les
transformations du sol. Chaque "mauvaise herbe" apparaît dans une parcelle
cultivée parce que les conditions de levée de la dormance de sa graine se
sont réalisées.
La connaissance du biotope
primaire d'une espèce permet de comprendre la transformation du milieu
qu'elle colonise et de faire la liste des caractères indicateurs qui ont
conduit à la germination de la graine. Ainsi l'ambroisie, plante
annuelle, pousse naturellement dans les zones désertiques. Sa présence
permet de comprendre les modifications du sol cultivé ou modelé par des
pratiques humaines. La germination de la graine d'ambroisie est due à la
perte de l'humus, à la déstructuration des argiles par les intrants
chimiques qui provoque la disparition du complexe argilo humique et réduit
les sols en poussière.
L'ambroisie nous dit :
«Vous fabriquez un désert artificiel ! ».
L'inventaire des adventices
de culture permet donc de faire des analyses de sols complémentaires des
analyses pédologiques et microbiologiques.
Voir le
livre "L'encyclopédie des plantes bio-indicatrices" de Gérard Ducerf -
Éditions Promonature
La
dormance des graines
Toutes les plantes ont
des graines qui, à maturité, libérées ou non par le fruit, sont
incapables de
germer tant que des conditions particulières ne sont pas réunies.
Elles sont
endormance. Le sol, grâce à cette faculté acquise par les
plantes, constitue un
énorme réservoir de graines. Les facteurs favorisant la germination sont
très variés et
dépendent de l'espèce végétale.
La
levée de la dormance de la
digitale
s'effectuera par l'exposition à la lumière,
celle du gui et de l'aubépine par l'action des sucs digestifs, lors du
passage
dans l'estomac des oiseaux. Le feu lève la dormance du pin
d'Alep. La
pomme de
terre, par
l'émission de ses exsudats racinaires, fait germer la
menthe. Le
coquelicot
et le bleuet sont les compagnons
naturels du blé.
S'il pousse des
chardons
dans votre jardin, n'accusez pas votre voisin de vous avoir envoyé des
graines, c'est la façon dont vous avez travaillé le sol qui les a fait germer, ou fait
germer les graines semées par votre arrière grand-père.
Les
facteurs qui produisent la levée de la dormance d'une
graine :
la
composition chimique du sol, l'humidité, le Ph, la structure de la couche arable,
le
climat, ...;
l'activité des bactéries du sol, aérobies et anaérobies,
chevilles ouvrières de la transformation de
la matière organique du sol;
les
pratiques humaines présentes ou passées;
l'environnement végétal (certaines plantes ont des exsudats racinaires
qui inhibent la germination de certaines graines).
Toutes les plantes sont bio-indicatrices des contraintes qu'elles ont
subies et qu'elles subissent encore. Une restriction importante
cependant : une plante a une signification si elle est abondante et
dominante. Une plante isolée
n'est indicatrice que pour sa sphère immédiate.